RUGBY CHAMPAGNE.
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CARLAW PARK
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il faut avoir vu un test-match à Sydney pour connaître la passion australienne pour le rugby.
Cette soirée du 9 juin 1951 était tiède . A Sydney , on appelle ce début d'hiver austral" indian summer" et il est vrai que cet été indien est d'une grande douceur . Le soleil est moins fort, mais la terre qui appelle la pluie
depuis cinq mois , exhale une tiédeur bienfaisante.
Antoine Blain ne pouvait pas dormir. C'est toujours ainsi la veille des grands matches. Il sortit de sa chambre n°1:- celle que Jack Mason réservait aux hautes personnalités, car elle avait le privilège de posséder un lavabo particulier.Antoine vit que de l'autre côté du couloir,la chambre
de Jean Duhau avait encore de la lumière. Sans doute Duhau préparait-il
les maillots, car il aime bien , la veille, vérifier que chaque joueur a le bon numéro et que chaque paire de fesses dispose d'une culotte appropriée et non pas un de ces immenses flottants qui font le charme vieux-jeu des équipes anglo-saxonnes.
Effectivement, Duhau comptait et recomptait ses frusques.
- Alors , Jean , pas encore au lit ?
- Non . Tu vois , Antoine , je passais en revue ma panoplie. Tu les connais, ces putains de gonzes, demain matin ils vont tout me mettre
à sac . Moi je veux une culotte plus courte, et moi mes chaussettes
sont trouées , et mon numéro est un peu déchiré. Tu sais ce que je leur ai dit à ceux qui rouspétaient samedi dernier ?
- Non, dis voir.
- Eh bien, je leur ai demandé qu'à l'avenir, lorsque nous serons invités à un bal, ils tâchent de trouver des "girl friends" qui sachent un peu coudre, car personnellement je n'ai pas encore découvert une femme qui veuille ravauder nos frusques. Avec ces sauvages d'Australiens qui nous déchirent tout, nous allons terminer le cul nu. Demain tu comprends, pour le premier test, j'ai voulu que nos gars soient impeccables car lorsqu'on
est à l'aise dans sa tenue , on joue mieux.
- Oui et on aura besoin de tous nos atouts. Vois-tu , Jean, ces "Kangourous" me font peur. Physiquement , ils sont dans l'ensemble plus forts que nous. Ils vont donc nous imposer une terrible épreuve de force. Si nous nous laissons prendre au jeu, nous sommes fichus.Nous ne tiendrons plus en deuxième mi-temps. Il faudra faire le maximum pour
la conquête de la balle. C'est pourquoi nous avons préféré Genoud , meilleur talonneur, à Martin qui, lui, est peut-être supérieur dans le jeu ouvert. Dès que nous aurons la balle, il nous faudra fuir le contact et accélérer le jeu pour tenter d'essouffler , prendre de vitesse les colosses
d'en face. De même , lorsque nous serons acculés sur nos buts, il sera préférable que Puig-Aubert dégage d'un de ses coups de pied rasants, dont il a le secret. Sans ces temps de répit , nos avants ne pourront pas tenir tout le match. Mais nous reparlerons de tout cela plus en détail demain matin avec Samatan et les joueurs. Je te laisse dormir.
- Hypocrite! Tu sais bien que je ne dors jamais.Si parfois je ferme les
yeux, c'est simplement à cause de la poussière. Et puis, la veille d'un match, je suis très énervé.C'est comme ça depuis l'âge de seize ans , lorsque j'ai débuté en première au Boucau Stade . Ce que tu veux, Antoine, c'est que je t'offre un verre en bas au bar, avant que la sonnerie
de 10 heures n'annonce la clôture.
Le sourire d'Antoine fut un aveu. Ils descendirent au bar.......
Cette soirée du 9 juin 1951 était tiède . A Sydney , on appelle ce début d'hiver austral" indian summer" et il est vrai que cet été indien est d'une grande douceur . Le soleil est moins fort, mais la terre qui appelle la pluie
depuis cinq mois , exhale une tiédeur bienfaisante.
Antoine Blain ne pouvait pas dormir. C'est toujours ainsi la veille des grands matches. Il sortit de sa chambre n°1:- celle que Jack Mason réservait aux hautes personnalités, car elle avait le privilège de posséder un lavabo particulier.Antoine vit que de l'autre côté du couloir,la chambre
de Jean Duhau avait encore de la lumière. Sans doute Duhau préparait-il
les maillots, car il aime bien , la veille, vérifier que chaque joueur a le bon numéro et que chaque paire de fesses dispose d'une culotte appropriée et non pas un de ces immenses flottants qui font le charme vieux-jeu des équipes anglo-saxonnes.
Effectivement, Duhau comptait et recomptait ses frusques.
- Alors , Jean , pas encore au lit ?
- Non . Tu vois , Antoine , je passais en revue ma panoplie. Tu les connais, ces putains de gonzes, demain matin ils vont tout me mettre
à sac . Moi je veux une culotte plus courte, et moi mes chaussettes
sont trouées , et mon numéro est un peu déchiré. Tu sais ce que je leur ai dit à ceux qui rouspétaient samedi dernier ?
- Non, dis voir.
- Eh bien, je leur ai demandé qu'à l'avenir, lorsque nous serons invités à un bal, ils tâchent de trouver des "girl friends" qui sachent un peu coudre, car personnellement je n'ai pas encore découvert une femme qui veuille ravauder nos frusques. Avec ces sauvages d'Australiens qui nous déchirent tout, nous allons terminer le cul nu. Demain tu comprends, pour le premier test, j'ai voulu que nos gars soient impeccables car lorsqu'on
est à l'aise dans sa tenue , on joue mieux.
- Oui et on aura besoin de tous nos atouts. Vois-tu , Jean, ces "Kangourous" me font peur. Physiquement , ils sont dans l'ensemble plus forts que nous. Ils vont donc nous imposer une terrible épreuve de force. Si nous nous laissons prendre au jeu, nous sommes fichus.Nous ne tiendrons plus en deuxième mi-temps. Il faudra faire le maximum pour
la conquête de la balle. C'est pourquoi nous avons préféré Genoud , meilleur talonneur, à Martin qui, lui, est peut-être supérieur dans le jeu ouvert. Dès que nous aurons la balle, il nous faudra fuir le contact et accélérer le jeu pour tenter d'essouffler , prendre de vitesse les colosses
d'en face. De même , lorsque nous serons acculés sur nos buts, il sera préférable que Puig-Aubert dégage d'un de ses coups de pied rasants, dont il a le secret. Sans ces temps de répit , nos avants ne pourront pas tenir tout le match. Mais nous reparlerons de tout cela plus en détail demain matin avec Samatan et les joueurs. Je te laisse dormir.
- Hypocrite! Tu sais bien que je ne dors jamais.Si parfois je ferme les
yeux, c'est simplement à cause de la poussière. Et puis, la veille d'un match, je suis très énervé.C'est comme ça depuis l'âge de seize ans , lorsque j'ai débuté en première au Boucau Stade . Ce que tu veux, Antoine, c'est que je t'offre un verre en bas au bar, avant que la sonnerie
de 10 heures n'annonce la clôture.
Le sourire d'Antoine fut un aveu. Ils descendirent au bar.......
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CARLAW PARK
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( suite)
C'est un curieux pub que celui tenu par Jack Mason, au rez-de-chaussée de l'Olympic Hotel . Une forte odeur de bière se dégage en permanence de la vaste salle. Autour d'un grand bar en fer à cheval , sont agglutinés, de l'ouverture à la clôture des portes, deux ou trois rangées de solides buveurs.
Il y a là les tranquilles : ceux qui boivent seuls sans piper mot, mais qui descendent leurs sept pintes à l'heure ; il y a ceux qui aiment la compagnie et qui offrent une tournée à leurs voisins , sachant très bien que ceux-ci rendront la pareille avant que les verres soient finis. Que l'on appartienne à l'une ou l'autre des catégories , l'essentiel, comme dirait Yvan Audouard, c'est d'avoir une bonne évacuation.C'est peut-être ce qui manque à la troisième catégorie, celle des buveurs assis.
J'ai toujours soupçonné les buveurs attablés sur la droite du bar , d'avoir des troubles de vessie. Ils méditent en silence devant un verre , qui n'est
jamais plein et rarement vide, et ils attendent tranquillement qu'on les mette dehors lorsque retentit la sonnerie de 10 heures . Ceux-là, se sont
les mauvais clients. Ils font difficilement une pinte au quart d'heure. Des constipés quoi! Et comme le pub de l'Olympic est un endroit où l'on s'amuse, il y a un vieux piano aux résonances de bastringue, devant lequel une beauté d'avant-guerre exécute , au propre et au figuré , des morceaux choisis pour leur douce fanée. C'est ainsi qu'on ne compte plus les fois où, pour plaire aux Tricolores , elle a massacré "J'attendrai", "C'est si bon"et "Sous les ponts de Paris".
Le vendredi , jour de paye , la consommation de bière connaît des pointes
qui obligent Jack Mason à mettre derrière la vitre de la porte d'entrée, son écriteau bordé de noir comme un faire-part de deuil:"NO BEER"
Pour l'assoiffé qui touche à l'oasis , c'est un rude coup. Il pousse quelques jurons en même temps que la porte ,car l'autre pub est au diable, alors la consommation de whisky triple tout d'un coup.......
C'est un curieux pub que celui tenu par Jack Mason, au rez-de-chaussée de l'Olympic Hotel . Une forte odeur de bière se dégage en permanence de la vaste salle. Autour d'un grand bar en fer à cheval , sont agglutinés, de l'ouverture à la clôture des portes, deux ou trois rangées de solides buveurs.
Il y a là les tranquilles : ceux qui boivent seuls sans piper mot, mais qui descendent leurs sept pintes à l'heure ; il y a ceux qui aiment la compagnie et qui offrent une tournée à leurs voisins , sachant très bien que ceux-ci rendront la pareille avant que les verres soient finis. Que l'on appartienne à l'une ou l'autre des catégories , l'essentiel, comme dirait Yvan Audouard, c'est d'avoir une bonne évacuation.C'est peut-être ce qui manque à la troisième catégorie, celle des buveurs assis.
J'ai toujours soupçonné les buveurs attablés sur la droite du bar , d'avoir des troubles de vessie. Ils méditent en silence devant un verre , qui n'est
jamais plein et rarement vide, et ils attendent tranquillement qu'on les mette dehors lorsque retentit la sonnerie de 10 heures . Ceux-là, se sont
les mauvais clients. Ils font difficilement une pinte au quart d'heure. Des constipés quoi! Et comme le pub de l'Olympic est un endroit où l'on s'amuse, il y a un vieux piano aux résonances de bastringue, devant lequel une beauté d'avant-guerre exécute , au propre et au figuré , des morceaux choisis pour leur douce fanée. C'est ainsi qu'on ne compte plus les fois où, pour plaire aux Tricolores , elle a massacré "J'attendrai", "C'est si bon"et "Sous les ponts de Paris".
Le vendredi , jour de paye , la consommation de bière connaît des pointes
qui obligent Jack Mason à mettre derrière la vitre de la porte d'entrée, son écriteau bordé de noir comme un faire-part de deuil:"NO BEER"
Pour l'assoiffé qui touche à l'oasis , c'est un rude coup. Il pousse quelques jurons en même temps que la porte ,car l'autre pub est au diable, alors la consommation de whisky triple tout d'un coup.......
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CARLAW PARK
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Blain et Duhau , fort reconnaissables , l'un avec son blazer bleu de France,
l'autre avec son éternel survêtement frappé du coq gaulois , furent aussitôt le pôle d'attraction du bar. Invités à boire et à reboire , frappés d'immenses tapes dans le dos qui se voulaient amicales , tiraillés par tous ceux qui désiraient des autographes , des insignes ou tout simplement un pronostic, le "french manager" et le "french coach" avaient bien besoin de toute la solidité de leur carcasse d'anciens joueurs de premières lignes pour tenir le coup.
Antoine Blain se payait même le luxe de contre-attaquer. Il offrait sa tournée , exécutait quelques tours de passe-passe , qui faisaient éclater de grands rires sonores. En revanche , Duhau avait du mal à se dépêtrer de ses admirateurs; Il avait beau mettre en action tout son arsenal de la langue anglaise: " Tomorrow...after the game....Yes, yes, Australia very good....France good team, yes , yes. Win perhaps", rien ne pouvait briser le cercle d'admirateurs.
- Nom de Dieu , je ne sais pas comment je me débrouille, mais au lieu de les écarter, je les attire. Putain de gonzes , mais ils vont finir par me déshabiller!!
Jean Duhau fut ce soir-là sauvé par la sonnerie de 10 heures.
Un grand balaize de 1m85 dépassant nettement le quintal et qui avait visiblement pour tâche principale de faire vider les lieux à l'aimable clientèle, lança d'une voix caverneuse en frappant dans ses mains-battoirs: " Gentlemen!! Gentlemen!!"
Le propre des buveurs australiens est de faire front dignement à l'adversité et de respecter l'ordre. Les cercles se dénouèrent un à un .
Les clients se perdirent dans la nuit, non sans avoir pris le soin d'emporter
sous le bras une bouteille de bière, roulée discrètement dans un papier journal et achetée avant la clôture au "Bottle's departement" du pub.
Blain et Duhau sortirent les derniers . Sur le pas de la porte, un étrange
petit vieillard sans âge , qui avait passablement " chargé la mule "
pointa son index sur la poitrine d'Antoine Blain.
- "Kangaroos" strong , very strong . The best, always the best in the world . Frenchies..... Et le vieux pointa son pouce vers le sol, ce qui se passait de toute traduction.
- En voilà un qui ne va pas parier sa chemise sur nous , remarqua Duhau
avec philosophie...........
l'autre avec son éternel survêtement frappé du coq gaulois , furent aussitôt le pôle d'attraction du bar. Invités à boire et à reboire , frappés d'immenses tapes dans le dos qui se voulaient amicales , tiraillés par tous ceux qui désiraient des autographes , des insignes ou tout simplement un pronostic, le "french manager" et le "french coach" avaient bien besoin de toute la solidité de leur carcasse d'anciens joueurs de premières lignes pour tenir le coup.
Antoine Blain se payait même le luxe de contre-attaquer. Il offrait sa tournée , exécutait quelques tours de passe-passe , qui faisaient éclater de grands rires sonores. En revanche , Duhau avait du mal à se dépêtrer de ses admirateurs; Il avait beau mettre en action tout son arsenal de la langue anglaise: " Tomorrow...after the game....Yes, yes, Australia very good....France good team, yes , yes. Win perhaps", rien ne pouvait briser le cercle d'admirateurs.
- Nom de Dieu , je ne sais pas comment je me débrouille, mais au lieu de les écarter, je les attire. Putain de gonzes , mais ils vont finir par me déshabiller!!
Jean Duhau fut ce soir-là sauvé par la sonnerie de 10 heures.
Un grand balaize de 1m85 dépassant nettement le quintal et qui avait visiblement pour tâche principale de faire vider les lieux à l'aimable clientèle, lança d'une voix caverneuse en frappant dans ses mains-battoirs: " Gentlemen!! Gentlemen!!"
Le propre des buveurs australiens est de faire front dignement à l'adversité et de respecter l'ordre. Les cercles se dénouèrent un à un .
Les clients se perdirent dans la nuit, non sans avoir pris le soin d'emporter
sous le bras une bouteille de bière, roulée discrètement dans un papier journal et achetée avant la clôture au "Bottle's departement" du pub.
Blain et Duhau sortirent les derniers . Sur le pas de la porte, un étrange
petit vieillard sans âge , qui avait passablement " chargé la mule "
pointa son index sur la poitrine d'Antoine Blain.
- "Kangaroos" strong , very strong . The best, always the best in the world . Frenchies..... Et le vieux pointa son pouce vers le sol, ce qui se passait de toute traduction.
- En voilà un qui ne va pas parier sa chemise sur nous , remarqua Duhau
avec philosophie...........
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CARLAW PARK
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La nuit était tiède . Sydney c'est le Casablanca des mers du Sud . Les gros palmiers de Moore Park Road bruissaient à peine sous une légère brise marine.
Blain et Duhau avançaient sur le trottoir en fumant une cigarette. Du coin de la rue on pouvait voir les lumières sur Sydney , mais leurs yeux , instinctivement, se portèrent vers le Sydney Cricket Ground qui était là , en contrebas , juste de l'autre côté de la route.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? s'écria Duhau.
Un gigantesque essaim de lucioles s'était-il abattu sur les gradins du Cricket Ground ? Ce fourmillement d'insectes lumineux était féerique , hallucinant.
En réalité , c'était tout simplement des milliers de spectateurs qui, pour avoir de bonnes places , avaient déjà occupé les tribunes et fumaient pour tuer le temps.
Jamais dans un quart de siècle de rugby international , Blain et Duhau
n'avaient été témoins d'une pareille scène. C'était tellement inouï, qu'ils entrèrent dans le stade.
Quelle extraordinaire veillée d'armes!
A cent mètres de là, l' équipe de France dormait et, ici , c'était un colossal campement . L'ennemi avait déjà investi la place . Il attendait de pied
ferme la sortie du XIII de France . Quel étrange bivouac que celui de ces
quinze mille Australiens installés autour du champ clos avec leurs casse-crôute , leur bière et leur whisky!
Ce spectacle avait quelque peu éteint l'enthousiasme né dans le coeur des responsables de l'équipe de France après la brillante démonstration
du samedi précédent.
Blain et Duhau n'échangèrent plus un mot jusqu'à l'hôtel mais ils se posaient tous les deux la même question : seuls , tout seuls , treize
rugbymen de France pouvaient-ils résister à tout un peuple?
...................
Blain et Duhau avançaient sur le trottoir en fumant une cigarette. Du coin de la rue on pouvait voir les lumières sur Sydney , mais leurs yeux , instinctivement, se portèrent vers le Sydney Cricket Ground qui était là , en contrebas , juste de l'autre côté de la route.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? s'écria Duhau.
Un gigantesque essaim de lucioles s'était-il abattu sur les gradins du Cricket Ground ? Ce fourmillement d'insectes lumineux était féerique , hallucinant.
En réalité , c'était tout simplement des milliers de spectateurs qui, pour avoir de bonnes places , avaient déjà occupé les tribunes et fumaient pour tuer le temps.
Jamais dans un quart de siècle de rugby international , Blain et Duhau
n'avaient été témoins d'une pareille scène. C'était tellement inouï, qu'ils entrèrent dans le stade.
Quelle extraordinaire veillée d'armes!
A cent mètres de là, l' équipe de France dormait et, ici , c'était un colossal campement . L'ennemi avait déjà investi la place . Il attendait de pied
ferme la sortie du XIII de France . Quel étrange bivouac que celui de ces
quinze mille Australiens installés autour du champ clos avec leurs casse-crôute , leur bière et leur whisky!
Ce spectacle avait quelque peu éteint l'enthousiasme né dans le coeur des responsables de l'équipe de France après la brillante démonstration
du samedi précédent.
Blain et Duhau n'échangèrent plus un mot jusqu'à l'hôtel mais ils se posaient tous les deux la même question : seuls , tout seuls , treize
rugbymen de France pouvaient-ils résister à tout un peuple?
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CARLAW PARK
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LE RUGBY-CHAMPAGNE DES FRANCAIS.
- Papers ! Papers !
Le petit crieur de journaux grimpait les deux étages de l'Olympic Hotel
pour annoncer , que le jour était levé.
Ce samedi 10 juin 1951 ,n'était pas un jour ordinaire, mais le grand jour
, le jour J .
Voilà pourquoi son appel trouva , en écho , une bordée d'injures et de jurons plus forte que d'habitude.
- Papers ! Papers ! continua-t-il habitué à de semblables réceptions
et, comme à l'ordinaire , il n'eut qu'un seul client . Antoine Blain qui
prit les deux quotidiens du matin, le " Sydney Morning herald " et le "
daily telegraph" . Tous les deux avaient fait une édition spéciale sur ce premier
test Australie - France . Mais en buvant son " morning tea" Antoine fit
une amère constatation : toutes les opinions étaient semblables.
" LA PUISSANCE AUSTRALIENNE DOIT ECRASER EN DEUXIEME MI-TEMPS
LA FANTAISIE DES ARTISTES FRANCAIS"
Pauvres " Flying Frenchmen" que l'on épinglait déjà dans la riche collection internationale des invincibles " Kangourous".
Ainsi suivant la tradition anglo-saxonne, on ne se fiait qu'à la rigueur des chiffres. La démonstration fabuleuse de la semaine dernière , face à Sydney , s'étant soldée par un match nul 19-19 , on oubliait la trop grande confiance et le laisser-aller des Tricolores lorsqu'ils menèrent 10-2 à la mi-temps. Pour les spécialistes , il n'y avait qu'un match nul arraché à l'ultime seconde par un but exceptionnel de Puig-Aubert. On avait , en son temps , salué la démonstration , le panache , mais comment croire qu'une équipe nationale qui ne bat pas la sélection de Sydney pourrait vaincre la grandissime équipe d'Australie ? Comment croire à cet exploit alors que, précisement , nullement habitués au rude régime d'une tournée
où les matches se succèdent à un rythme élevé , les Tricolores venaient de subir ce mardi , à Albury , leur première défaite en terre australienne (10-20) devant la sélection de Riverina Division ?
Sans doute l'équipe de France , conquérante le samedi à Sydney , avait déçu la mardi à Albury , mais il fallait tenir compte que les Tricolores , à l'inverse des Anglais , des Néo-Zélandais et des Australiens , n'avaient
pas voulu aligner sans cesse la meilleure équipe possible.
Présumant qu'à ce régime la France courrait à sa perte , Antoine Blain ,
Jean Duhau , et Bob Samatan avaient décidé d'aligner à Albury le minimum de joueurs appelés à disputer le premier test .
C'est ainsi que, dans l'équipe de France battue par Riverina Division, on ne trouvait que deux joueurs qui allaient , quatre jours après, affronter l'Australie : Puig- Aubert et Merquey.......
- Papers ! Papers !
Le petit crieur de journaux grimpait les deux étages de l'Olympic Hotel
pour annoncer , que le jour était levé.
Ce samedi 10 juin 1951 ,n'était pas un jour ordinaire, mais le grand jour
, le jour J .
Voilà pourquoi son appel trouva , en écho , une bordée d'injures et de jurons plus forte que d'habitude.
- Papers ! Papers ! continua-t-il habitué à de semblables réceptions
et, comme à l'ordinaire , il n'eut qu'un seul client . Antoine Blain qui
prit les deux quotidiens du matin, le " Sydney Morning herald " et le "
daily telegraph" . Tous les deux avaient fait une édition spéciale sur ce premier
test Australie - France . Mais en buvant son " morning tea" Antoine fit
une amère constatation : toutes les opinions étaient semblables.
" LA PUISSANCE AUSTRALIENNE DOIT ECRASER EN DEUXIEME MI-TEMPS
LA FANTAISIE DES ARTISTES FRANCAIS"
Pauvres " Flying Frenchmen" que l'on épinglait déjà dans la riche collection internationale des invincibles " Kangourous".
Ainsi suivant la tradition anglo-saxonne, on ne se fiait qu'à la rigueur des chiffres. La démonstration fabuleuse de la semaine dernière , face à Sydney , s'étant soldée par un match nul 19-19 , on oubliait la trop grande confiance et le laisser-aller des Tricolores lorsqu'ils menèrent 10-2 à la mi-temps. Pour les spécialistes , il n'y avait qu'un match nul arraché à l'ultime seconde par un but exceptionnel de Puig-Aubert. On avait , en son temps , salué la démonstration , le panache , mais comment croire qu'une équipe nationale qui ne bat pas la sélection de Sydney pourrait vaincre la grandissime équipe d'Australie ? Comment croire à cet exploit alors que, précisement , nullement habitués au rude régime d'une tournée
où les matches se succèdent à un rythme élevé , les Tricolores venaient de subir ce mardi , à Albury , leur première défaite en terre australienne (10-20) devant la sélection de Riverina Division ?
Sans doute l'équipe de France , conquérante le samedi à Sydney , avait déçu la mardi à Albury , mais il fallait tenir compte que les Tricolores , à l'inverse des Anglais , des Néo-Zélandais et des Australiens , n'avaient
pas voulu aligner sans cesse la meilleure équipe possible.
Présumant qu'à ce régime la France courrait à sa perte , Antoine Blain ,
Jean Duhau , et Bob Samatan avaient décidé d'aligner à Albury le minimum de joueurs appelés à disputer le premier test .
C'est ainsi que, dans l'équipe de France battue par Riverina Division, on ne trouvait que deux joueurs qui allaient , quatre jours après, affronter l'Australie : Puig- Aubert et Merquey.......
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CARLAW PARK
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Antoine , accoudé à la fenêtre, regardait naître dans le petit matin la grande fête du rugby.
Dans le soleil levant, les tribunes étaient déjà pleines, multicolores.
Seule la grande butte du" Hill" restait verte et vide . Il est vrai que là , aux places les moins chères , on goûte les émotions des matches debout, loin du confort des fesses des bourgeois des tribunes. Alors , pour éviter que sous le soleil il y ait trop de pamoison , on n'ouvre les portes du "Hill" qu'à 9 heures , avant le coup d'envoi du premier des sept matches de lever de rideau. Près de huit heures de rugby debout , c'est assez, même
pour des Australien endurcis.
Aux guichets du stade on faisait la queue pour enlever des dernières places de pesage et les marchands de hot-dogs faisaient des affaires d'or.
Les portes du "Hill" s'ouvrirent et, en quelques minutes, la marée humaine investit la verte colline.
Tout était en place pour la grande première .
Comble jusqu'à la limite fixée par la police pour éviter que les tribunes ne s'effondrent comme lors de la rencontre Australie-Grande-Bretagne en 1928, le stade contenait 70000 spectateurs payants, plus les 22000 membres à vie. L'immense terrain ovale, puisqu'il sert aussi , comme son nom l'indique pour le cricket l'été , était un peu usé au centre, mais il restait excellent. Une curieuse musique municipale à pantalons noirs , veste écarlate et casque colonial immaculé, accueillit les "Kangourous"
au son de " Colonel Bogey", qui n'avait pas encore gagné son titre de rengaine en illustrant le célèbre Pont de la rivière Kwaï.
Enfin les Tricolores s"égrenèrent sur la pelouse sur l'air sautillant du "
French Cancan" qui , aux yeux des Anglo-Saxons en général et des Australiens en particulier, personnifie la vivacité, la gaieté, le caractère pétillant , le charme et aussi le manque de sérieux des Français.
Elle n'avait pas vilaine allure cette équipe de France......
Dans le soleil levant, les tribunes étaient déjà pleines, multicolores.
Seule la grande butte du" Hill" restait verte et vide . Il est vrai que là , aux places les moins chères , on goûte les émotions des matches debout, loin du confort des fesses des bourgeois des tribunes. Alors , pour éviter que sous le soleil il y ait trop de pamoison , on n'ouvre les portes du "Hill" qu'à 9 heures , avant le coup d'envoi du premier des sept matches de lever de rideau. Près de huit heures de rugby debout , c'est assez, même
pour des Australien endurcis.
Aux guichets du stade on faisait la queue pour enlever des dernières places de pesage et les marchands de hot-dogs faisaient des affaires d'or.
Les portes du "Hill" s'ouvrirent et, en quelques minutes, la marée humaine investit la verte colline.
Tout était en place pour la grande première .
Comble jusqu'à la limite fixée par la police pour éviter que les tribunes ne s'effondrent comme lors de la rencontre Australie-Grande-Bretagne en 1928, le stade contenait 70000 spectateurs payants, plus les 22000 membres à vie. L'immense terrain ovale, puisqu'il sert aussi , comme son nom l'indique pour le cricket l'été , était un peu usé au centre, mais il restait excellent. Une curieuse musique municipale à pantalons noirs , veste écarlate et casque colonial immaculé, accueillit les "Kangourous"
au son de " Colonel Bogey", qui n'avait pas encore gagné son titre de rengaine en illustrant le célèbre Pont de la rivière Kwaï.
Enfin les Tricolores s"égrenèrent sur la pelouse sur l'air sautillant du "
French Cancan" qui , aux yeux des Anglo-Saxons en général et des Australiens en particulier, personnifie la vivacité, la gaieté, le caractère pétillant , le charme et aussi le manque de sérieux des Français.
Elle n'avait pas vilaine allure cette équipe de France......
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CARLAW PARK
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Elle n'avait pas vilaine allure cette équipe de France.
En première ligne , on avait préféré la volonté rageuse de MAZON , la technique du talonnage de GENOUD et la détente de BARTOLETTI , à la puissance de Beraud , Martin et Rinaldi .
La deuxième ligne BROUSSE PONSINET , c'était la clef de voûte , l'atout -maître .
En troisième ligne à Perez le Gitan et à Calixte la Méthode , avait succédé un stratège, un meneur d'hommes et un distributeur de jeu qui saurait faire respecter la consigne : René DUFFORT.
Le bouillant DOP avait été choisi pour la mêlée au lieu de l'impeccable Crespo. On estimait que "Fra Diavolo" avec ses cavalcades , ses déroutantes inspirations, son impertinence , était capable de mystifier les colosses australiens.
A l'ouverture , on fit confiance à GALAUP, l'enfant-prodige et terrible , le benjamin des Tricolores , celui qui venait d'arriver après le gros de la troupe car il s'était aperçu, au dernier moment , qu'un militaire a besoin
d'une permission , même pour aller guerroyer en Australie.
L'explosif Gaston COMES et le fulgurant Jackie MERQUEY étaient plaçés au centre avec, pour
ailiers , les deux plus formidables puncheurs de l'heure :CANTONI et CONTRASTIN .
A l'arrière enfin le roi PIPETTE . C'était sérieux devant ;rapide , inspiré, voire fantaisiste derrière.
Pourtant à la présentation , hormis Brousse et Ponsinet , cette équipe semblait être une sélection de scolaires aux côtés des énormes Australiens.
Elle paraissait effectivement invincible , cette impressionnante formation australienne, avec le fameux Clive CHURCHILL à l'arrière , une ligne de trois-quarts d'armoires à glace dont le plus léger devait peser entre 85 et 90 kg avec BLISS , champion d'Australie du 100 yards et GRAVES aux ailes, WILLOUGHBY et HAZZARD au centre . Les demis ,STANMORE à l'ouverture et HOLMAN à la mêlée , formaient le meilleur tandem que l'on ait vu en Australie.
Enfin devant , il y avait six gaillards du type déménageurs , avec CROCKER en troisième ligne MULLIGAN ET Brian DAVIES en deuxième ligne, Duncan HALL et DONOGHUE en piliers et un talonneur qui, répondant au nom évocateur de SCHUBERT , aimait bien " jouer de la mandoline" , doux euphémisme qui , dans le monde du rugby, s'applique
à ceux qui usent trop souvent de la boxe anglaise.
Bref, si Hollywood avait eu besoin d'un lot de durs, il n'eût pas été déçu par les six avants Kangourous qui , en ce 10 juin 1951, s'alignaient au Sydney Cricket Ground pour défendre l'invincibilité de l'Australie........
En première ligne , on avait préféré la volonté rageuse de MAZON , la technique du talonnage de GENOUD et la détente de BARTOLETTI , à la puissance de Beraud , Martin et Rinaldi .
La deuxième ligne BROUSSE PONSINET , c'était la clef de voûte , l'atout -maître .
En troisième ligne à Perez le Gitan et à Calixte la Méthode , avait succédé un stratège, un meneur d'hommes et un distributeur de jeu qui saurait faire respecter la consigne : René DUFFORT.
Le bouillant DOP avait été choisi pour la mêlée au lieu de l'impeccable Crespo. On estimait que "Fra Diavolo" avec ses cavalcades , ses déroutantes inspirations, son impertinence , était capable de mystifier les colosses australiens.
A l'ouverture , on fit confiance à GALAUP, l'enfant-prodige et terrible , le benjamin des Tricolores , celui qui venait d'arriver après le gros de la troupe car il s'était aperçu, au dernier moment , qu'un militaire a besoin
d'une permission , même pour aller guerroyer en Australie.
L'explosif Gaston COMES et le fulgurant Jackie MERQUEY étaient plaçés au centre avec, pour
ailiers , les deux plus formidables puncheurs de l'heure :CANTONI et CONTRASTIN .
A l'arrière enfin le roi PIPETTE . C'était sérieux devant ;rapide , inspiré, voire fantaisiste derrière.
Pourtant à la présentation , hormis Brousse et Ponsinet , cette équipe semblait être une sélection de scolaires aux côtés des énormes Australiens.
Elle paraissait effectivement invincible , cette impressionnante formation australienne, avec le fameux Clive CHURCHILL à l'arrière , une ligne de trois-quarts d'armoires à glace dont le plus léger devait peser entre 85 et 90 kg avec BLISS , champion d'Australie du 100 yards et GRAVES aux ailes, WILLOUGHBY et HAZZARD au centre . Les demis ,STANMORE à l'ouverture et HOLMAN à la mêlée , formaient le meilleur tandem que l'on ait vu en Australie.
Enfin devant , il y avait six gaillards du type déménageurs , avec CROCKER en troisième ligne MULLIGAN ET Brian DAVIES en deuxième ligne, Duncan HALL et DONOGHUE en piliers et un talonneur qui, répondant au nom évocateur de SCHUBERT , aimait bien " jouer de la mandoline" , doux euphémisme qui , dans le monde du rugby, s'applique
à ceux qui usent trop souvent de la boxe anglaise.
Bref, si Hollywood avait eu besoin d'un lot de durs, il n'eût pas été déçu par les six avants Kangourous qui , en ce 10 juin 1951, s'alignaient au Sydney Cricket Ground pour défendre l'invincibilité de l'Australie........
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lulu13
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CARLAW PARK
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CARLAW PARK
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La consigne avait été une fois encore répétée aux vestiaires par Blain , Duhau et Samatan.
- Serrez le jeu lorsque l'Australie aura la balle , mais dès que vous serez en possession du ballon ,aérez, faites voler le ballon , prenez vos adversaires de vitesse et, surtout, n'essayez pas de percuter, de passer en force . Vous allez vous briser sur un mur et vous vous effronderez en deuxième mi-temps .
L'arbitre était M. Mac Mahon, un type sévère qui, malgré son nom ,n'aimait
pas que l'on jouât au petit soldat... Les Tricolores étaient donc sur leurs gardes.
Les " Kangourous" partirent à l'assaut , comme prévu, avec leur tactique "bulldozer". La défense française , en bon ordre, plaquait sec et bas. Le public était parcouru de grondements qui ressemblaient à des grognements de satisfaction. Pour sûr,les "Kangourous" n'allaient pas gagner facilement . Ils devraient forcer leur talent , sortir le grand jeu
car ces "Frenchies" avaient un sacré culot. Et puis , en quelques minutes
- cinq exactement- se dessina le drame australien .
Trois hors-jeu des " Kangourous" , trois pénalités, trois buts de Puig-Aubert et la France menait 6 à 0 . C'était un coup dur pour l'honneur australien et pourtant le public ,cette admirable foule australienne , faisait une ovation à Pipette, en qui elle avait déja reconnu un être d'exception
, dont elle voulait savourer tous les gestes, dussent-ils provoquer la perte
de ses favoris.
Six points dans la musette , le XIII de France appliquait la consigne à la lettre : prudence d'abord , culot ensuite . Alors on vit le coq français déployer ses ailes et le public du Sydney Cricket Ground lui découvrit
l'envergure d'un aigle royal.
La balle volait comme dans un rêve . Le jeu courait d'une aile à l'autre
et les colosses australiens ne savaient plus où donner de la tête.
C'était le combat renouvelé de David et de Goliath. Habiles, vifs , effrontés , Dop , Galaup , Comes et Merquey étaient rois du terrain.
On ne voyait que leur tunique bleue au grand V blanc et rouge en scapulaire. Ils se faufilaient comme des lutins au travers de l'imposant rideau de vert australien. A peine une attaque venait d'être stoppée, qu'une autre éclatait vers l'aile opposée. L'inévitable arriva.
Saoulés par cette fantasia , épuisés par ce rythme effréné , les "Kangourous" flanchaient.
Le ballon voltigeait de main en main. Aux 50 mètres , il parvenait à Cantoni démarqué. Ivre d'espace, Cantoni fonçait .Aux 22 mètres , l'arrière australien Churchill surgissait . Le couloir se rétrécissait à vue
d'oeil. Cantoni allait-il être bousculé en touche ? Non ! D'un coup de rein, l'ailier tricolore s'arrachait , passait et plonger victorieux près du drapeau de touche . Puig-Aubert , l'infaillible , réussissait la difficile transformation du bord du terrain et la France menait 11 à 0 .
Les Tricolores jaillissaient de partout et, deux minutes après l'exploit de Cantoni , c'était le pilier Lolo Mazon qui perçait et servait Contrastin.
Crâne tondu, solidement bâti, n'aimant pas les fioritures, ayant retenu les leçons de Jean Duhau que le but du rugby est de porter le ballon derrière la ligne blanche adverse et que le plus court chemin d'un point à un autre est la ligne droite, Contrastin fonça. Bliss, son vis-à-vis , se précipita pour lui barrer le chemin mais, de son fameux raffut en manchette, "Tintin"
l'envoya bouler à quatre mètres et, la balle toujours collée au flanc, il fonça encore devant lui.
Qui pouvait arrêter Raymond Contrastin en ce moment précis?.....
- Serrez le jeu lorsque l'Australie aura la balle , mais dès que vous serez en possession du ballon ,aérez, faites voler le ballon , prenez vos adversaires de vitesse et, surtout, n'essayez pas de percuter, de passer en force . Vous allez vous briser sur un mur et vous vous effronderez en deuxième mi-temps .
L'arbitre était M. Mac Mahon, un type sévère qui, malgré son nom ,n'aimait
pas que l'on jouât au petit soldat... Les Tricolores étaient donc sur leurs gardes.
Les " Kangourous" partirent à l'assaut , comme prévu, avec leur tactique "bulldozer". La défense française , en bon ordre, plaquait sec et bas. Le public était parcouru de grondements qui ressemblaient à des grognements de satisfaction. Pour sûr,les "Kangourous" n'allaient pas gagner facilement . Ils devraient forcer leur talent , sortir le grand jeu
car ces "Frenchies" avaient un sacré culot. Et puis , en quelques minutes
- cinq exactement- se dessina le drame australien .
Trois hors-jeu des " Kangourous" , trois pénalités, trois buts de Puig-Aubert et la France menait 6 à 0 . C'était un coup dur pour l'honneur australien et pourtant le public ,cette admirable foule australienne , faisait une ovation à Pipette, en qui elle avait déja reconnu un être d'exception
, dont elle voulait savourer tous les gestes, dussent-ils provoquer la perte
de ses favoris.
Six points dans la musette , le XIII de France appliquait la consigne à la lettre : prudence d'abord , culot ensuite . Alors on vit le coq français déployer ses ailes et le public du Sydney Cricket Ground lui découvrit
l'envergure d'un aigle royal.
La balle volait comme dans un rêve . Le jeu courait d'une aile à l'autre
et les colosses australiens ne savaient plus où donner de la tête.
C'était le combat renouvelé de David et de Goliath. Habiles, vifs , effrontés , Dop , Galaup , Comes et Merquey étaient rois du terrain.
On ne voyait que leur tunique bleue au grand V blanc et rouge en scapulaire. Ils se faufilaient comme des lutins au travers de l'imposant rideau de vert australien. A peine une attaque venait d'être stoppée, qu'une autre éclatait vers l'aile opposée. L'inévitable arriva.
Saoulés par cette fantasia , épuisés par ce rythme effréné , les "Kangourous" flanchaient.
Le ballon voltigeait de main en main. Aux 50 mètres , il parvenait à Cantoni démarqué. Ivre d'espace, Cantoni fonçait .Aux 22 mètres , l'arrière australien Churchill surgissait . Le couloir se rétrécissait à vue
d'oeil. Cantoni allait-il être bousculé en touche ? Non ! D'un coup de rein, l'ailier tricolore s'arrachait , passait et plonger victorieux près du drapeau de touche . Puig-Aubert , l'infaillible , réussissait la difficile transformation du bord du terrain et la France menait 11 à 0 .
Les Tricolores jaillissaient de partout et, deux minutes après l'exploit de Cantoni , c'était le pilier Lolo Mazon qui perçait et servait Contrastin.
Crâne tondu, solidement bâti, n'aimant pas les fioritures, ayant retenu les leçons de Jean Duhau que le but du rugby est de porter le ballon derrière la ligne blanche adverse et que le plus court chemin d'un point à un autre est la ligne droite, Contrastin fonça. Bliss, son vis-à-vis , se précipita pour lui barrer le chemin mais, de son fameux raffut en manchette, "Tintin"
l'envoya bouler à quatre mètres et, la balle toujours collée au flanc, il fonça encore devant lui.
Qui pouvait arrêter Raymond Contrastin en ce moment précis?.....
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CARLAW PARK
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Qui pouvait arrêter Raymond Contrastin en ce moment précis????
Une fois encore , Churchill tenta de réussir sur notre Bordelais ce qui avait échoué sur Cantoni. Avec Holman venu à la rescousse , ils essayèrent de coincer Contrastin , mais ce fut soudain une formidable explosion dans le stade. L'Australie aime la force pure , la décision , et "Tintin" venait d'en fournir un merveilleux exemple . Alors que Churchill et Holman se jetaient sur lui , à deux ou trois mètres de la ligne blanche , il les percutait carrément . Tandis que Contrastin plantait l'essai en coin , Churchill mordait la poussière et l'infortuné Holman gisait les quatre fers en l'air.
Le stade croulait , enflammé par la réussite de Contrastin qui traduisait la remarquable partie collective de l'équipe . Le public, émerveillé par le jeu des Tricolores , avait oublié que cet essai et la nouvelle transformation de Puig-Aubert achevaient de ruiner les espérances des "Kangourous"
Seize à zéro! Jamais l'équipe d'Australie n'avait été pareillement humiliée
et pourtant la foule australienne applaudissait , elle applaudissait la grandeur de l'exploit. Ce jour-là , le public du Sydnet Cricket Ground donna au monde l'exemple même de la plus pure sportivité. Encore
retourné par la prodigieuse démonstration du XIII de France, c'est à peine
si ce public prit garde au fait que , juste avant la mi-temps , l'ailier Graves
par un but de pénalité , avait réduit le score à 16-2.
Les Français sortirent du stade baissant la tête sous une pluie d'applaudissements. Dans les tribunes , des spectateurs se dressaient sur leur banc et hurlaient " VIVE LA FRANCE !".
Au vestiaire , les remplaçants embrassaient les héros de jour .
Perez serrait son ami Dop . Crespo étreignait Puig-Aubert, le masseur
Bill Moore avait du mal à coller un bout de sparadrap à Mazon.
Bref c'était l'euphorie la plus complète.
Mais en Australie , il faut craindre les boomerangs . Ils reviennent presque
toujours et les joueurs australiens sont un peu comme cette curieuse arme des aborigènes. On les croit perdus et, tout à coup , ils vous arrivent en pleine figure.
Blain , Duhau et Samatan redoutaient cette euphorie française comme
la peste.
- C'est presque dommage que nos gars aient tant dominé. Ils sont capables de tout perdre parce qu'ils croient avoir tout gagné , disait
Jean Duhau.
Les trois responsables tentèrent de refroidir cet enthousiasme prématuré.
- Méfiez-vous du début de cette deuxième mi-temps , leur dit Antoine Blain.Vous êtes trop décontractés , alors que les Australiens vont entrer avec la volonté de remonter le courant, de sauver l'honneur , de gagner.
Attention à cette reprise , ne perdez pas les pédales , les enfants.
Lorsqu'on se sent invincible , tout conseil de prudence devient racontar
de bonne femme....
Une fois encore , Churchill tenta de réussir sur notre Bordelais ce qui avait échoué sur Cantoni. Avec Holman venu à la rescousse , ils essayèrent de coincer Contrastin , mais ce fut soudain une formidable explosion dans le stade. L'Australie aime la force pure , la décision , et "Tintin" venait d'en fournir un merveilleux exemple . Alors que Churchill et Holman se jetaient sur lui , à deux ou trois mètres de la ligne blanche , il les percutait carrément . Tandis que Contrastin plantait l'essai en coin , Churchill mordait la poussière et l'infortuné Holman gisait les quatre fers en l'air.
Le stade croulait , enflammé par la réussite de Contrastin qui traduisait la remarquable partie collective de l'équipe . Le public, émerveillé par le jeu des Tricolores , avait oublié que cet essai et la nouvelle transformation de Puig-Aubert achevaient de ruiner les espérances des "Kangourous"
Seize à zéro! Jamais l'équipe d'Australie n'avait été pareillement humiliée
et pourtant la foule australienne applaudissait , elle applaudissait la grandeur de l'exploit. Ce jour-là , le public du Sydnet Cricket Ground donna au monde l'exemple même de la plus pure sportivité. Encore
retourné par la prodigieuse démonstration du XIII de France, c'est à peine
si ce public prit garde au fait que , juste avant la mi-temps , l'ailier Graves
par un but de pénalité , avait réduit le score à 16-2.
Les Français sortirent du stade baissant la tête sous une pluie d'applaudissements. Dans les tribunes , des spectateurs se dressaient sur leur banc et hurlaient " VIVE LA FRANCE !".
Au vestiaire , les remplaçants embrassaient les héros de jour .
Perez serrait son ami Dop . Crespo étreignait Puig-Aubert, le masseur
Bill Moore avait du mal à coller un bout de sparadrap à Mazon.
Bref c'était l'euphorie la plus complète.
Mais en Australie , il faut craindre les boomerangs . Ils reviennent presque
toujours et les joueurs australiens sont un peu comme cette curieuse arme des aborigènes. On les croit perdus et, tout à coup , ils vous arrivent en pleine figure.
Blain , Duhau et Samatan redoutaient cette euphorie française comme
la peste.
- C'est presque dommage que nos gars aient tant dominé. Ils sont capables de tout perdre parce qu'ils croient avoir tout gagné , disait
Jean Duhau.
Les trois responsables tentèrent de refroidir cet enthousiasme prématuré.
- Méfiez-vous du début de cette deuxième mi-temps , leur dit Antoine Blain.Vous êtes trop décontractés , alors que les Australiens vont entrer avec la volonté de remonter le courant, de sauver l'honneur , de gagner.
Attention à cette reprise , ne perdez pas les pédales , les enfants.
Lorsqu'on se sent invincible , tout conseil de prudence devient racontar
de bonne femme....
-
CARLAW PARK
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Jouant le lièvre de la fable , le XIII de France laissa parler sa fantaisie.
*La surveillance se relâcha et , en quelques minutes, le boomerang australien vint frapper un grand coup derrière les oreilles tricolores.
Il avait bien raison , Duhau , lorsqu'il affirmait que ces "Kangourous" il fallait les tuer trois fois .
Coup sur coup, le centre Willoughby, le troisième ligne Crocker et l'ailier Graves allaient à l'essai et comme ce dernier avait réussi deux transformations , l'Australie revenait à un tout petit point de la France
16-15 et, avec ça , le vent en poupe et tout un stade qui délirait de joie de résurrection des siens.
Dans la tribune officielle , Antoine Blain n'avait plus un poil de sec. Perdre un tel match pour avoir cru trop vite au triomphe , c'était trop bête.
Sur la touche, Duhau et Samatan donnèrent quelques coups de gueule pour fustiger leurs hommes. L'alerte était chaude, l'atmosphère étouffante.
Les Tricolores dégrisés ,serraient le jeu, plaquaient à nouveau à tour de bras. Duffort hurlait ses ordres et chacun restait à son poste , comprenant
que tout était à recommencer . Ce furent des minutes interminables.
Les "Kangourous" avaient la balle et attaquaient comme des forcenés mais la défense héroïque des Français tenaient bon .
Tout un peuple encourageait treize démons, mais les Tricolores s'accrochaient dans la tempête. Et puis , la fatigue alourdit les jambes
des Australiens , ils cédèrent du terrain . Le fauve faiblissait , mais il n'était pas encore maîtrisé . Il fallait une bonne balle pour relancer l'équipe de France . Elle vint , enfin, à vingt minutes du coup de sifflet final.
Un dégagement en touche, manqué par l'ouvreur Stanmore , fut cueilli
au rebond par Dop qui se lança dans son numéro des grands jours.
Il partait à gauche , revenait à droite , crochetait l'un , mystifiait l'autre.
Un, deux ,trois Australiens en voulant le plaquer , s'affalèrent dans l'herbe.
Dop était un insaisissable farfadet qui affolait toute l'équipe d'Australie.
Son numéro acrobatique fut le point de départ d'un nouveau festival
tricolore . Soudain , les rôles étaient renversés. Les Français dominaient
à nouveau de la tête et des épaules.
Les avants, n'observant plus la consigne de la prudence, s'offraient le luxe de bousculer en force les colosses australiens.
Lolo Mazon , notre cher "grand-père Taillefer", était un homme en colère, furieux contre lui-même de s'être laissé aller à se prélasser, contre le destin trop clément en première mi-temps et bien sévère après les citrons, enfin contre ces Australiens qui avaient la tronche presque aussi dure que lui .D'ordinaire Lolo Mazon n'est pas ce que l'on peut appeler
un Adonis . D'ailleurs il ne cachait pas son opinion à François Rinaldi
, sosie de Burt Lancaster , et qu'il trouvait trop beau pour être en première ligne.
- Un beau pilier n'a jamais été un bon pilier , lui disait-il.
Pour être en première ligne , il faut être laid , laid comme un pou.
A ce moment-là , le visage transfiguré par le rictus de la volonté , Lolo était laid , si laid , que c'en était une superbe laideur.
Sparadrap autour du front , cheveux en bataille , nez sanglant et maillot tombant par-dessus sa culotte , il avait la beauté sauvage d'Attila.
Mazon , c'était le fléau des Kangourous qui réfléchissaient à deux fois et fermaient les yeux avant de le plaquer, et encore fallait-il qu'ils vinssent
à deux ou trois pour le maîtriser.
Et Mazon, n'était pas seul à faire trembler les Australiens. Il y avait
Bartoletti le Terrible qui traversait la défense adverse comme un boulet, en se lançant au-dessous des grands bras ennemis qui se refermaient sur le vide et le désespoir.
On trouvait encore à la pointe du combat notre formidable deuxième ligne,celle dont on parle encore avec respect de Perth à Sydney:
Brousse et Ponsinet.
Brousse le géant , magnifique athlète hors du commun qui, avec ses 1m90
et ses 100 kilos , s'offrait le luxe de rattraper les ailiers à la course , et
Ponsinet , l'un des athlètes les plus étonnants que l'on ait vus dans le monde du rugby, qui déchirait un jeu de cartes comme un simple ticket de métro.
Enfin à la barre , René la Science , alias Duffort , gueulard, cabochard,
mais le meilleur stratège de la Ligue.
En rugby , le pack , c'est le bâtiment.
Quand il va , tout va , or ces six gaillards-là crachaient le feu. Alors vous
pensez nos polissons de l'arrière en faisaient voir de toutes les couleurs
aux verts Australiens.
Cette fin de match des Tricolores , on m'en a parlé dix ans après en Australie avec dans la bouche tous les superlatifs de la langue anglaise
qui en est fort bien pourvue..............
*La surveillance se relâcha et , en quelques minutes, le boomerang australien vint frapper un grand coup derrière les oreilles tricolores.
Il avait bien raison , Duhau , lorsqu'il affirmait que ces "Kangourous" il fallait les tuer trois fois .
Coup sur coup, le centre Willoughby, le troisième ligne Crocker et l'ailier Graves allaient à l'essai et comme ce dernier avait réussi deux transformations , l'Australie revenait à un tout petit point de la France
16-15 et, avec ça , le vent en poupe et tout un stade qui délirait de joie de résurrection des siens.
Dans la tribune officielle , Antoine Blain n'avait plus un poil de sec. Perdre un tel match pour avoir cru trop vite au triomphe , c'était trop bête.
Sur la touche, Duhau et Samatan donnèrent quelques coups de gueule pour fustiger leurs hommes. L'alerte était chaude, l'atmosphère étouffante.
Les Tricolores dégrisés ,serraient le jeu, plaquaient à nouveau à tour de bras. Duffort hurlait ses ordres et chacun restait à son poste , comprenant
que tout était à recommencer . Ce furent des minutes interminables.
Les "Kangourous" avaient la balle et attaquaient comme des forcenés mais la défense héroïque des Français tenaient bon .
Tout un peuple encourageait treize démons, mais les Tricolores s'accrochaient dans la tempête. Et puis , la fatigue alourdit les jambes
des Australiens , ils cédèrent du terrain . Le fauve faiblissait , mais il n'était pas encore maîtrisé . Il fallait une bonne balle pour relancer l'équipe de France . Elle vint , enfin, à vingt minutes du coup de sifflet final.
Un dégagement en touche, manqué par l'ouvreur Stanmore , fut cueilli
au rebond par Dop qui se lança dans son numéro des grands jours.
Il partait à gauche , revenait à droite , crochetait l'un , mystifiait l'autre.
Un, deux ,trois Australiens en voulant le plaquer , s'affalèrent dans l'herbe.
Dop était un insaisissable farfadet qui affolait toute l'équipe d'Australie.
Son numéro acrobatique fut le point de départ d'un nouveau festival
tricolore . Soudain , les rôles étaient renversés. Les Français dominaient
à nouveau de la tête et des épaules.
Les avants, n'observant plus la consigne de la prudence, s'offraient le luxe de bousculer en force les colosses australiens.
Lolo Mazon , notre cher "grand-père Taillefer", était un homme en colère, furieux contre lui-même de s'être laissé aller à se prélasser, contre le destin trop clément en première mi-temps et bien sévère après les citrons, enfin contre ces Australiens qui avaient la tronche presque aussi dure que lui .D'ordinaire Lolo Mazon n'est pas ce que l'on peut appeler
un Adonis . D'ailleurs il ne cachait pas son opinion à François Rinaldi
, sosie de Burt Lancaster , et qu'il trouvait trop beau pour être en première ligne.
- Un beau pilier n'a jamais été un bon pilier , lui disait-il.
Pour être en première ligne , il faut être laid , laid comme un pou.
A ce moment-là , le visage transfiguré par le rictus de la volonté , Lolo était laid , si laid , que c'en était une superbe laideur.
Sparadrap autour du front , cheveux en bataille , nez sanglant et maillot tombant par-dessus sa culotte , il avait la beauté sauvage d'Attila.
Mazon , c'était le fléau des Kangourous qui réfléchissaient à deux fois et fermaient les yeux avant de le plaquer, et encore fallait-il qu'ils vinssent
à deux ou trois pour le maîtriser.
Et Mazon, n'était pas seul à faire trembler les Australiens. Il y avait
Bartoletti le Terrible qui traversait la défense adverse comme un boulet, en se lançant au-dessous des grands bras ennemis qui se refermaient sur le vide et le désespoir.
On trouvait encore à la pointe du combat notre formidable deuxième ligne,celle dont on parle encore avec respect de Perth à Sydney:
Brousse et Ponsinet.
Brousse le géant , magnifique athlète hors du commun qui, avec ses 1m90
et ses 100 kilos , s'offrait le luxe de rattraper les ailiers à la course , et
Ponsinet , l'un des athlètes les plus étonnants que l'on ait vus dans le monde du rugby, qui déchirait un jeu de cartes comme un simple ticket de métro.
Enfin à la barre , René la Science , alias Duffort , gueulard, cabochard,
mais le meilleur stratège de la Ligue.
En rugby , le pack , c'est le bâtiment.
Quand il va , tout va , or ces six gaillards-là crachaient le feu. Alors vous
pensez nos polissons de l'arrière en faisaient voir de toutes les couleurs
aux verts Australiens.
Cette fin de match des Tricolores , on m'en a parlé dix ans après en Australie avec dans la bouche tous les superlatifs de la langue anglaise
qui en est fort bien pourvue..............
-
CARLAW PARK
- Mouton noir
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- Localisation : NOUVELLE ZELANDE
Cette fin de match des Tricolores , on m'en a parlé dix ans après en Australie avec dans la bouche tous les superlatifs de la langue anglaise
qui en est fort bien pourvue.
Pendant un quart d'heure , le XIII de France créa un super-rugby, un jeu de rêve où nos artistes des lignes arrières se montrèrent d'une race supérieure.
Lentement, comme distillant son effet , la France arriva au terme de la
FAENA.
Le fauve étant maté , l'heure de vérité sonna.
La pendule du Sydney Cricket Ground marquait 4 heures , juste 4 heures
du soir et, comme dirait Lorca " la mort avait déjà pondu ses oeufs dans la blessure".
Comme dans le ballet tragique de la corrida , l'estocade eut lieu sur la charge du désespoir.
Ultime assaut de la bête blessée qui serra la France sur la barricade.
Dans une détente sublime, Comes cueillit la balle au vol et s'enfonça , droit comme une épée , dans le berceau de la défense adverse.
Cantoni poursuivit , en flèche , jusqu'au coeur.
L'Australie tombait sur le flanc . La France avait achevé sa victoire , mais elle voulait un triomphe . Alors elle ajouta , pour sa gloire , un but de Puig-Aubert et un essai de Genoud , transformé encore par Pipette.
Le stade croulait sous un tonnerre d'exaltation . Première victoire de la France sur l'Australie et cela dans le temple même du colosse kangourou.
C'était, mieux qu'un succès , une révélation.
Celle des joueurs de France que l'on ne croyait ni meilleurs ni pires que le commun des internationaux et qui étaient, en fait , une super-équipe.
Pour l'Australie aussi ce fut une découverte : celle d'un rugby d'une dimension ignorée.
Dans le vestiaire français toutes les personnalités étaient là , portant leur hommage aux nouveaux rois de l'ovale et tous disaient la même chose
à Antoine Blain :
- Nous prétendions connaître le rugby, mais la FRANCE nous a apporté
le " RUGBY-CHAMPAGNE".
Aussitôt les Tricolores furent gratifiés de cette appellation.
Et le DR Ewatt, ministre de la justice affirmait :
"Le Rugby- champagne des Français a plus fait pour la gloire de la France
que tous les efforts des ambassadeurs de la République depuis le début du siècle".
Il est vrai que ce style noble , fort , pétillant, ce triomphe , fut une bombe dont les éclats atteignirent les régions les plus isolées de l'immense continent.
George Crawford résuma l'opinion australienne en titrant en lettres d'affiches dans le "Daily telegraph" :
" AUSTRALIA OUTCLASSED"
et en écrivant :
" Les Français ont surexcité la foule en construisant le plus spectaculaire
rugby que l'on ait jamais vu au Sydney Cricket Ground."
qui en est fort bien pourvue.
Pendant un quart d'heure , le XIII de France créa un super-rugby, un jeu de rêve où nos artistes des lignes arrières se montrèrent d'une race supérieure.
Lentement, comme distillant son effet , la France arriva au terme de la
FAENA.
Le fauve étant maté , l'heure de vérité sonna.
La pendule du Sydney Cricket Ground marquait 4 heures , juste 4 heures
du soir et, comme dirait Lorca " la mort avait déjà pondu ses oeufs dans la blessure".
Comme dans le ballet tragique de la corrida , l'estocade eut lieu sur la charge du désespoir.
Ultime assaut de la bête blessée qui serra la France sur la barricade.
Dans une détente sublime, Comes cueillit la balle au vol et s'enfonça , droit comme une épée , dans le berceau de la défense adverse.
Cantoni poursuivit , en flèche , jusqu'au coeur.
L'Australie tombait sur le flanc . La France avait achevé sa victoire , mais elle voulait un triomphe . Alors elle ajouta , pour sa gloire , un but de Puig-Aubert et un essai de Genoud , transformé encore par Pipette.
Le stade croulait sous un tonnerre d'exaltation . Première victoire de la France sur l'Australie et cela dans le temple même du colosse kangourou.
C'était, mieux qu'un succès , une révélation.
Celle des joueurs de France que l'on ne croyait ni meilleurs ni pires que le commun des internationaux et qui étaient, en fait , une super-équipe.
Pour l'Australie aussi ce fut une découverte : celle d'un rugby d'une dimension ignorée.
Dans le vestiaire français toutes les personnalités étaient là , portant leur hommage aux nouveaux rois de l'ovale et tous disaient la même chose
à Antoine Blain :
- Nous prétendions connaître le rugby, mais la FRANCE nous a apporté
le " RUGBY-CHAMPAGNE".
Aussitôt les Tricolores furent gratifiés de cette appellation.
Et le DR Ewatt, ministre de la justice affirmait :
"Le Rugby- champagne des Français a plus fait pour la gloire de la France
que tous les efforts des ambassadeurs de la République depuis le début du siècle".
Il est vrai que ce style noble , fort , pétillant, ce triomphe , fut une bombe dont les éclats atteignirent les régions les plus isolées de l'immense continent.
George Crawford résuma l'opinion australienne en titrant en lettres d'affiches dans le "Daily telegraph" :
" AUSTRALIA OUTCLASSED"
et en écrivant :
" Les Français ont surexcité la foule en construisant le plus spectaculaire
rugby que l'on ait jamais vu au Sydney Cricket Ground."
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CARLAW PARK
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RUGBY CHAMPAGNE
QUAND LA TOURNEE DEVINT CROISADE.
Vainqueurs d'une bataille , les Tricolores étaient pourtant loin d'avoir remporté leur première croisade aux antipodes.
Les Français ,n'étant plus d'aimables touristes , mais des super-champions,tous les futurs adversaires du XIII de France voulurent vaincre ceux que l'on présentait comme étant invincibles.
A partir de cet instant , l'équipe de France dut lutter à mort pour tenter de battre chaque sélection régionale qui jouait le match de sa vie pour réaliser ce qu'elle croyait être un exploit historique. Si les Tricolores ne
s'en doutaient pas , ils le comprirent bien vite , plus précisément le mardi
13 juin , trois jours après le mémorable premier test.
Par une ironie du sort , c'est à Armidale , au nord de Sydney , derrière les
Montagnes Bleues , l'un des endroits les plus froids d'Australie à cause de l'altitude que la fièvre monta.
Malgré un arbitrage à sens unique pour l'équipe locale ( cela existe en Australie comme ailleurs), la France battait la Division Nord avec la marge confortable de 29 à 12 .
Delaye , Crespo , Rinaldi ,Lespes , Lopez et Brousse par deux fois , avaient entassé sept essais , alors que la Province Nord n'avait pu marquer que six buts de son arrière Frathe, grâce aux pénalités généreuses distribuées par l'arbitre . A la fin du match , les joueurs locaux
ayant mal digéré cette humiliation " ouvrirent la boîte à gifles".
Dans cette distribution générale de "pain béni" , les Tricolores n'étant pas des anges de miséricorde , ne laissèrent point passer leur part.
Bref, les torts étaient partagés et , à quelques minutes de la fin , il expulsa Audoubert pour "attitude incorrecte envers un adversaire".
En fait , Audoubert ,bien que natif de Saint-Girons , devait son surnom
de"Monseigneur" à son embonpoint épiscopal et non pas à une quelconque
grâce angélique ; si on lui flanquait une "pigne"sur la joue gauche , il
avait l'habitude d'en rendre deux. "Monseigneur" , donc, fut mis à la porte
par un arbitre , pas très catholique. Peu après , Caillou , le capitaine de la tournée , eut le cuir chevelu profondément entaillé par une godasse australienne .Delaye vola à son secours et comme notre "King Kong"
accusait déjà 110 kilos, son atterrissage sur le dos de l'Australien coupable eut pour effet de l'étendre , les bras en croix , avec plus que son compte. Delaye fut prié illico d'aller rejoindre Audoubert aux vestiaires. Le coup de sifflet final donna le signal d'une bagarre générale.
Assurément le quartier n'était pas sûr et les spectateurs, 6000 environ
, envahirent le terrain pour sauver ce qu'il restait des joueurs de la Province Nord , tandis que la police ramenait les Tricolores dans le chemin de la légalité et des vestiaires..........
QUAND LA TOURNEE DEVINT CROISADE.
Vainqueurs d'une bataille , les Tricolores étaient pourtant loin d'avoir remporté leur première croisade aux antipodes.
Les Français ,n'étant plus d'aimables touristes , mais des super-champions,tous les futurs adversaires du XIII de France voulurent vaincre ceux que l'on présentait comme étant invincibles.
A partir de cet instant , l'équipe de France dut lutter à mort pour tenter de battre chaque sélection régionale qui jouait le match de sa vie pour réaliser ce qu'elle croyait être un exploit historique. Si les Tricolores ne
s'en doutaient pas , ils le comprirent bien vite , plus précisément le mardi
13 juin , trois jours après le mémorable premier test.
Par une ironie du sort , c'est à Armidale , au nord de Sydney , derrière les
Montagnes Bleues , l'un des endroits les plus froids d'Australie à cause de l'altitude que la fièvre monta.
Malgré un arbitrage à sens unique pour l'équipe locale ( cela existe en Australie comme ailleurs), la France battait la Division Nord avec la marge confortable de 29 à 12 .
Delaye , Crespo , Rinaldi ,Lespes , Lopez et Brousse par deux fois , avaient entassé sept essais , alors que la Province Nord n'avait pu marquer que six buts de son arrière Frathe, grâce aux pénalités généreuses distribuées par l'arbitre . A la fin du match , les joueurs locaux
ayant mal digéré cette humiliation " ouvrirent la boîte à gifles".
Dans cette distribution générale de "pain béni" , les Tricolores n'étant pas des anges de miséricorde , ne laissèrent point passer leur part.
Bref, les torts étaient partagés et , à quelques minutes de la fin , il expulsa Audoubert pour "attitude incorrecte envers un adversaire".
En fait , Audoubert ,bien que natif de Saint-Girons , devait son surnom
de"Monseigneur" à son embonpoint épiscopal et non pas à une quelconque
grâce angélique ; si on lui flanquait une "pigne"sur la joue gauche , il
avait l'habitude d'en rendre deux. "Monseigneur" , donc, fut mis à la porte
par un arbitre , pas très catholique. Peu après , Caillou , le capitaine de la tournée , eut le cuir chevelu profondément entaillé par une godasse australienne .Delaye vola à son secours et comme notre "King Kong"
accusait déjà 110 kilos, son atterrissage sur le dos de l'Australien coupable eut pour effet de l'étendre , les bras en croix , avec plus que son compte. Delaye fut prié illico d'aller rejoindre Audoubert aux vestiaires. Le coup de sifflet final donna le signal d'une bagarre générale.
Assurément le quartier n'était pas sûr et les spectateurs, 6000 environ
, envahirent le terrain pour sauver ce qu'il restait des joueurs de la Province Nord , tandis que la police ramenait les Tricolores dans le chemin de la légalité et des vestiaires..........
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CARLAW PARK
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