"La France doit retrouver sa place parmi les grandes nations" Nigel Wood
Posté : 16 mars 2026, 13:28
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Cette année marque les 30 ans de la Super League. Est-ce une saison particulièrement importante pour son histoire et son avenir ?
C’est une célébration extrêmement importante pour notre sport dans l’hémisphère Nord. La compétition a parcouru beaucoup de chemin depuis ses débuts à Paris le 29 mars 1996 avec PSG – Sheffield (17 873 spectateurs) et continue de se renforcer année après année. En 2026, plus de personnes regarderont la Super League que jamais auparavant. Et le fait que Hull KR ait récemment été sacré champion du monde des clubs souligne la qualité de notre championnat.
La France est à la fois un rival historique et un partenaire de l’Angleterre
Quel regard portez-vous sur la saison 2026, avec deux clubs français parmi les 14 équipes, alors que certains remettaient en question la présence d’un seul club en 2025 ?
La saison 2026 a très bien commencé. Tous les clubs promus apportent quelque chose à la compétition. York, Toulouse et Bradford sont de grandes villes à part entière, et leur présence rapproche environ 1,5 million de personnes de la Super League. Il existe par ailleurs une véritable sympathie au Royaume-Uni pour le rugby à XIII français. La France est à la fois un rival historique et un partenaire de l’Angleterre. L’évolution du rugby à XIII international a été portée par nos deux pays, notamment avec la création de la Fédération internationale et la première Coupe du monde organisée en 1954 — soit 33 ans avant celle du rugby à XV. Nous partageons donc une histoire commune, mais aussi des opportunités communes.
Vous avez suivi de près la naissance des Dragons Catalans. Que retenez-vous de ces vingt années ?
Oui, je m’en souviens très bien. Le club s’appelait alors l’UTC et j’ai rencontré le président à Chorley en 2022 après un match de Cup et vous y étiez. Depuis, Bernard Guasch et ses équipes ont construit un grand club qui fait la fierté de toute une région. Il mérite d’être félicité. Rien n’a été facile, comme c’est souvent le cas dans le rugby à XIII. Ce succès est le fruit d’un travail acharné et d’investissements importants. Le club a parcouru beaucoup de chemin, mais il reste encore du travail à accomplir.
Le rugby à XIII britannique a contribué à plus de 30 millions de livres pour soutenir le rugby professionnel en France
Justement, comment voyez-vous l’avenir des clubs français en Super League ?
C’est la question à 60 millions de dollars. Il ne s’agit pas seulement de la Super League, mais de l’avenir du rugby à XIII français. Comment aider la France à retrouver sa place dans le Top 4 mondial, là où son histoire et son poids économique devraient la situer ? Au cours des vingt dernières années, le rugby à XIII britannique a contribué à plus de 30 millions de livres pour soutenir le rugby professionnel en France. Mais ce niveau de soutien n’est pas durable. C’est pourquoi la participation française dans une compétition britannique est régulièrement débattue, essentiellement pour des raisons économiques. La solution est simple. Il faut qu’une plus grande part du financement provienne de revenus générés en Europe. Ce serait à la fois juste et logique. Beaucoup de personnes travaillent sur ce sujet afin de rendre la participation française plus durable et donc moins controversée à l’avenir.
Les Dragons Catalans et Toulouse prennent en charge les frais de déplacement des clubs anglais. Cette obligation pourrait-elle disparaître ?
C’est une question qui s’inscrit dans la réflexion globale sur le financement du championnat et la participation française.
La renégociation des droits TV en 2026 est-elle l’enjeu majeur de la saison ?
Les droits de diffusion représentent la plus grande source de revenus pour notre sport, donc c’est évidemment un élément important. Mais il y a aussi d’autres discussions en cours qui sont tout aussi passionnantes.
La NRL envisage d’investir dans la compétition. En quoi cela pourrait-il être positif ?
Il n’existe que deux ligues professionnelles de rugby à XIII dans le monde. Il serait étrange qu’elles ne travaillent pas ensemble pour développer les bonnes compétitions et les bonnes opportunités commerciales. Historiquement, la RFL s’est occupée de l’hémisphère Nord tandis que l’ARL faisait de même dans l’hémisphère Sud. Mais ces dix dernières années, les revenus ont diminué dans le Nord, mettant une pression croissante sur quelques passionnés qui soutiennent financièrement notre sport. À l’inverse, la NRL n’a cessé de se renforcer en Australie. Il faut saluer le fait que la NRL souhaite aujourd’hui contribuer à renforcer et développer le rugby à XIII dans l’hémisphère Nord. Le Royaume-Uni et la France sont deux pays du G7, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, avec une population combinée de 150 millions d’habitants. Pourtant, notre sport reste marginal dans nos propres pays. Nous devons viser plus haut.
Le système de promotion et relégation pourrait-il revenir en Super League ?
La difficulté d’un système simple de promotion-relégation est qu’il est compliqué d’intégrer dans une ligue professionnelle à temps plein un club qui évoluait dans un championnat semi-professionnel. De plus, la Super League est aussi un produit télévisuel : les clubs doivent répondre à certains standards d’infrastructures pour satisfaire les exigences de diffusion et commerciales.
Comment imaginez-vous la Super League en 2036 ?
Notre récente revue stratégique estime qu’il ne devrait pas y avoir de limite au nombre de clubs professionnels, à condition qu’ils soient financièrement durables. Personnellement, j’aimerais voir une compétition élargie, avec une implantation géographique plus large : Londres, Cardiff, peut-être Dublin et Paris, ainsi que d’autres régions du Royaume-Uni. Mais les clubs doivent jouer devant au moins 10 000 spectateurs, dans des installations modernes, et générer plus de 7 millions de livres de revenus par an pour être autonomes. Et il ne faut pas penser uniquement au niveau professionnel : nous avons besoin d’un plan clair pour la Super League, mais aussi pour les championnats semi-professionnels et amateurs au Royaume-Uni, en France et ailleurs en Europe, ainsi que d’un véritable programme international.
En quoi le match entre les Dragons Catalans et Wigan à Paris, le 6 juin, est-il important pour la compétition ?
Comme au Royaume-Uni, le rugby à XIII manque encore de visibilité dans la capitale française. Organiser un grand événement à Paris, là où se trouvent les décideurs politiques, économiques et médiatiques, est forcément bénéfique. Il y a aussi un phénomène de plus en plus important qui est le tourisme sportif. De nombreuses personnes choisissent désormais leurs vacances autour d’événements sportifs. Des exemples comme le Magic week-end ou certains événements organisés à Las Vegas montrent les opportunités qui existent. Je suis convaincu que les Dragons Catalans bénéficieront d’un fort soutien pour cette grande fête de la Super League.